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Brésil

Le soja conquiert les savanes du Cerrado


AFP
le 14/07/2018 à 07:38

Quand il s'installe dans l'ouest de l'État de Bahia, à la fin des années 1980, Júlio César Busato fait le pari de réussir à faire pousser du soja dans l'une des zones les plus sèches du pays, la savane brésilienne, le Cerrado.

La savane couvre presque en totalité la région dite du Matopiba, une zone de 73 millions d’hectares – soit un peu plus de deux fois l’Allemagne – à cheval sur les États du Maranhão, du Tocantins, du Piaui et de Bahia, dont elle reprend les initiales. À l’époque, la culture de soja vient d’y être lancée. Entre 1988 et 2008, sa production passe de 418 400 tonnes à 5,7 millions de tonnes et dépasse les 10 millions de tonnes en 2015. Répondant aujourd’hui à près de 10 % de la récolte nationale de céréales et oléagineux, la région comprenant le Matopiba doit continuer à se consolider et la production devrait encore augmenter de 29 à 60% sur les dix ans à venir, selon les projections du gouvernement brésilien.

Ces perspectives sont prometteuses pour le Brésil, premier exportateur et deuxième producteur mondial de soja, derrière les États-Unis. Le pays pourrait dépasser le géant américain dès l’année prochaine, notamment grâce aux bons résultats de l’ouest de Bahia, qui, après une grave période de sécheresse, a atteint en 2017 un volume de production record et un niveau de productivité de 62 sacs par hectare, supérieur à la moyenne nationale. « Quand je suis arrivé, l’hectare était près de cent fois moins cher que dans ma région natale », explique à l’AFP Júlio César Busato, chemise blanche enfilée dans un pantalon en jean et panama vissé sur la tête, la tenue classique des agriculteurs du sud du Brésil. À l’époque, ce fils de petits producteurs de soja du Rio Grande do Sul, tout juste diplômé en agronomie, comprend qu’à moyen terme, sa famille ne pourra pas prospérer avec l’exploitation parentale et qu’il leur sera difficile d’acheter de nouvelles parcelles sur place. Une fois à Bahia, il commence par louer un domaine et plante 880 hectares de soja, une surface dix fois plus grande que dans sa ferme du Sud. Trois ans plus tard, il acquiert 2 300 hectares de terres pour lancer sa propre exploitation et est très vite rejoint par ses frères et ses parents. Comme eux, à partir des années 1970 et surtout des années 1980, des centaines d’éleveurs et d’agriculteurs du sud du Brésil vendent leur petite propriété pour tenter l’aventure dans ce nouvel eldorado, encouragés par les pouvoirs publics. « Nous nous sommes enfoncés dans la savane. Il n’y avait ni eau courante, ni électricité et donc pas de téléphone ni de réfrigérateur. La ville la plus proche était à six heures de route de notre ferme », se souvient Júlio César Busato, rencontré à Luis Eduardo Magalhães, à 500 km au nord de Brasilia.

Berceau des principaux fleuves du pays et doté de sols plats et profonds, la zone offre des conditions excellentes pour l’ouverture de champs immenses et l’exploitation agricole mécanisée et irriguée. Quant au climat, des périodes sèches et des pluies normalement bien définies permettent d’obtenir deux récoltes par an, en particulier de maïs. « Mais la terre était de mauvaise qualité. Nous avons dû créer notre propre méthode de production, apprendre à préparer le sol pour qu’il soit homogène et choisir les bonnes variétés de semences, le bon fertilisant. Sans transformation du sol et sans technologie, nous n’aurions rien pu produire », affirme l’agriculteur. Les efforts de celui qui est considéré comme l’un des pionniers de la région finissent par porter leurs fruits : aujourd’hui, Júlio César Busato, par ailleurs président de l’Association bahianaise des producteurs de coton, est à la tête d’un empire agricole millionnaire qui emploie plus de 500 personnes et compte 41 000 hectares, dont 23 000 ha de coton et 14 000 de soja. Júlio César Busato regarde avec intérêt les derniers développements de la guerre commerciale en cours entre la Chine et les États-Unis, mais ne veut pour l’instant pas se prononcer sur les retombées potentielles que les producteurs de son pays pourraient espérer d’un revirement chinois vers le Brésil pour éviter les taxes américaines. Déjà en mai, lorsque le conflit était menaçant, la Chine, premier client du Brésil, avait absorbé 80 % du soja exporté par le Brésil, selon l’agence AgriCensus.

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