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Produits phytos

Les réactions suite à l’interdiction de trois néonicotinoïdes


AFP
le 27/04/2018 à 15:53

L'Union européenne a décidé vendredi d'élargir l'interdiction de trois néonicotinoïdes, jugés dangereux pour les abeilles, à toutes les cultures en plein champ, au nom de la défense de la biodiversité et de l'environnement.

Bernie l’abeille, insecte gonflable géant déployé par le collectif Avaaz vendredi matin devant les bâtiments de l’UE à Bruxelles, peut se réjouir. Défendue par la Commission européenne, l’interdiction a été votée par une majorité qualifiée d’Etats membres lors d’un comité technique à huis clos. Seize d’entre eux, le minimum requis, ont donné leur feu vert, selon des sources concordantes. Parmi eux, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, mais aussi les Pays-Bas ou le Luxembourg, dont la ministre de l’environnement Carole Dieschbourg a fait part de sa satisfaction.

« C’est une belle journée pour notre combat en cours pour plus de biodiversité et contre les insecticides nocifs », s’est-elle félicitée sur Twitter. L’exécutif européen s’est également réjoui du soutien des Etats membres à sa proposition. « La Commission avait proposé ces mesures il y a des mois, sur la base de l’avis scientifique de l’Efsa (l’Agence européenne pour la sécurité des aliments, ndlr). La santé des abeilles a toujours une importance cruciale pour moi, puisque cela concerne la biodiversité, la production alimentaire et l’environnement », a réagi le commissaire à la santé et la sécurité alimentaire Vytenis Andriukaitis.

L’avenir de la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxam était en suspens depuis 2013, après une première évaluation négative de l’Efsa. L’agence européenne a confirmé son opinion fin février, venant soutenir la volonté de l’exécutif européen d’élargir l’interdiction.

Celle-ci s’appliquera désormais à toutes les cultures en plein champ, avec pour seule exception les usages en serres, à condition que graines et plantes ne quittent pas leur abri fermé.

En 2013, l’UE avait dans un premier temps imposé des restrictions d’usage pour ces trois substances, contestées en justice par deux géants des produits phytosanitaires dont les produits sont directement concernés, le suisse Syngenta et l’allemand Bayer. Le moratoire partiel s’appliquait aux cultures qui attirent les abeilles (comme le maïs, le colza oléagineux ou le tournesol) sauf quelques exceptions. L’UE n’a donc pas attendu l’issue de cette procédure devant le Tribunal de l’UE, toujours en cours.

« Avec un jugement de la justice européenne attendu le 17 mai, c’est une décision prématurée, malvenue, même si pas tout à fait inattendue », a réagi Graeme Taylor, de l’ECPA, l’Association européenne des producteurs de produits phytosanitaires. « C’est malheureux qu’une décision ait été prise de restreindre encore plus l’usage de substances qui sont d’une telle importance pour l’agriculture en Europe », a-t-il poursuivi, estimant qu’elle entrait en contradiction avec de récentes études sur la disponibilité et la viabilité des alternatives. « L’agriculture européenne va souffrir de cette décision », a prédit M. Taylor.

Pour Bayer, la décision va « encore réduire la capacité des agriculteurs européens à se défendre contre d’importants parasites, auxquels pour beaucoup d’entre eux il n’y a pas de traitements alternatifs disponibles ». « Les preuves montrent clairement que les néonicotinoïdes posent une menace minime sur la santé des abeilles comparé à une pénurie alimentaire, aux maladies et aux températures froides », a affirmé son concurrent Syngenta.

La filière de la betterave, jusqu’ici épargnée par les restrictions, va être particulièrement exposée, selon le principal syndicat d’agriculteurs en Europe, le Copa-Cogeca. « Il nous faut de meilleures conclusions (scientifiques, ndlr) sur l’enrobage des semences et l’utilisation sur des cultures sans floraison. Pour nous, il n’y a pas de danger sur ce type de cultures », a assuré Joachim Rukwied, président du Copa. 

Mais pour Sandra Bell, de l’ONG Friends of the Earth, l’élargissement de l’interdiction est « une immense victoire pour nos abeilles et plus généralement l’environnement ». Elle a appelé la Commission à aider les agriculteurs à abandonner l’usage de pesticides. « Nos gouvernements ont finalement décidé d’écouter leurs citoyens, la science et les agriculteurs qui savent que les abeilles ne peuvent pas survivre avec ces produits chimiques et que nous ne pouvons pas survivre sans les abeilles », lui a fait écho Antonia Staats, chargée de campagnes chez Avaaz.

Eric Andrieu, porte-parole des sociaux-démocrates pour l’agriculture au Parlement européen, a salué un vote « essentiel pour l’avenir de la biodiversité et notre agriculture », alors que « les abeilles pollinisent 84 % des cultures européennes et 4 000 variétés de végétaux, et que le taux de mortalité des abeilles atteint les 80 % dans certaines régions d’Europe ».

Pour certains apiculteurs, il faut aller encore plus loin. « Je ne suis pas soulagé du tout par cette décision aujourd’hui de suppression des néonicotinoïdes, sur laquelle nous nous battons depuis 20 ans. Car les trois substances interdites ont été remplacées par d’autres pires encore, notamment le thiaclopride, et le massacre des abeilles continue », a avancé José Nadan, secrétaire du syndicat des apiculteurs professionnels de Bretagne, et membre de la Fédération française des apiculteurs professionnels. Cinq néonicotinïdes étaient jusqu’à présent autorisés dans l’UE : les trois sur le point d’être interdits, l’acétamipride ainsi que le thiaclopride, dont la licence expire à la fin du mois

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