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Races rustiques

La Gasconne, reine des Pyrénées, passe ses étés en estives


TNC
le 10/08/2018 à 18:00

Les Gasconnes passent quatre mois en montagne, ce qui laisse le temps aux éleveurs de constituer leur stock de fourrage. (De part et d'autre de la photo : Baptiste et Julien Lagarde, au centre : Vincent Galetto, technicien groupe gascon) (©Nicolas Mahey)

Les Gasconnes passent quatre mois en montagne, ce qui laisse le temps aux éleveurs de constituer leur stock de fourrage. (De part et d'autre de la photo : Baptiste et Julien Lagarde, au centre : Vincent Galetto, technicien groupe gascon) (©Nicolas Mahey)

La transhumance est une étape importante pour les éleveurs comme pour le troupeau en zone de montagne (©Alain Piquemal)

La transhumance est une étape importante pour les éleveurs comme pour le troupeau en zone de montagne (©Alain Piquemal)

Claudine et Michel Lagarde, associés à leurs fils Baptiste et Julien élèvent des vaches Gasconnes à Siguer dans l’Ariège (09). Dès les beaux jours, ils mènent leurs bêtes en estives où elles resteront jusqu’au 15 septembre. Une période que les quatre associés consacrent à constituer le stock fourrager pour l’hiver à venir.

Avec 23 000 têtes recensées dans toute la France, et 10 000 rien qu’en Ariège, la Gasconne porte fièrement ses origines pyrénéennes. Véritable tout-terrain, cette vache de taille moyenne et à la robe argentée s’adapte aux conditions les plus rudes : ses muqueuses noires la rendent insensible aux fortes variations de température, son poil court et dense la protège des parasites tandis que ses onglons durs lui permettent des déplacements longs en terrain difficile. Un atout de taille lors des transhumances ou lorsqu’elle pâture en altitude. « Elle est aujourd’hui concurrencée par la Limousine dans le piémont ariégeois, note Vincent Galetto, technicien pointeur pour le Groupe Gascon, mais c’est la seule qui soit capable de passer quatre mois en montagne où elle valorise très bien tous les fourrages grossiers, l’herbe rase, les feuilles, les arbustes. Même en conditions difficiles, les broutards ne coûtent rien à produire. »

L’exploitation de montagne est obligée de faire du pastoralismeInstallés depuis 1996 sur la commune de Siguer, Claudine Lagarde, son mari Michel et leurs deux fils exploitent un troupeau de 120 mères gasconnes et 400 brebis qui passent tout l’été entre 800 et 1 200 m d’altitude. Au printemps, vaches et veaux sont conduits sur deux sites différents. Laissé en autonomie quasi-complète, l’ensemble du cheptel est rapatrié dans la vallée vers le 15 septembre. « Le troupeau coûte moins cher pendant les estives et libère une longue période pour constituer le stock de fourrage de l’exploitation », explique Claudine Lagarde. Le Gaec du Vicdessos exploite 650 ha dont 450 ha d’estives. « Si on enlevait les surface d’estives, celles de l’exploitation ne suffiraient pas. Il faudrait diviser le troupeau par quatre ; en bas il n’y a rien, c’est un fond de vallée. L’exploitation de montagne est obligée de faire du pastoralisme. La qualité de l’herbe est excellente, les vaches se sentent bien et les Gasconnes – comme les brebis tarasconnaises ou les chevaux mérens sont indispensables à la vie des espaces naturels pyrénéens. »

Aux alentours du 15 mai, un premier lot de 110 bêtes (uniquement celles du Gaec) est mené aux communaux de Lercoul, avant de basculer sur l’association foncière pastorale des communes de Sem et Goullier, pour une période d’environ d’un mois. Selon les secteurs, le troupeau peut être parqué ; des subventions sont allouées pour la réalisation de clôtures en zone de montagne. Parallèlement, un second lot de quarante animaux monte au groupement pastoral de Siguer, beaucoup plus difficile d’accès. Quatre à cinq heures de marche sont nécessaires pour atteindre les estives, via un ancien chemin de pierre au bord d’un ravin. Les accidents arrivent : il faut parfois faire intervenir l’hélicoptère pour dégager un animal ayant chuté. «  On ne prend que des bêtes habituées, chaque année les mêmes », confirme l’éleveuse. Un secteur où les animaux du Gaec se mélangent à ceux d’autres élevages, pratique courante en montagne. Certains troupeaux peuvent ainsi atteindre plusieurs centaines voire un millier de bovins venus d’exploitations différentes.

Du pâturage à un coût très modique de quelques centimes l’hectare

Du 15 mai au 15 juin, les visites sont quotidiennes : panaris, début de grippe… les jeunes veaux sont surveillés étroitement pour prévenir tout problème sanitaire avant le passage à l’étage supérieur, 1 200 m d’altitude sur un massif frontalier avec Andorre. Vaches et veaux profitent alors des domaniaux pour un coût très modique de quelques centimes l’hectare. Les visites s’espacent : « On y monte tous les trois ou quatre jours. Elles restent là-haut jusqu’au 15 septembre, et redescendent par le même circuit. » En montagne, un veau prend environ 1 000 g par jour sans aucun complément.

Pendant ce temps, il faut faire les foins. Car le talon d’Achille de beaucoup d’exploitations de montagne réside souvent dans l’incapacité à produire suffisamment de fourrage pour l’hiver. Certaines n’ont pas de matériel de fenaison et se font livrer la totalité de leurs besoins en alimentation. Le Gaec du Vicdessos achète quant à lui chaque année 150 ha de foin sur pied en Basse-Ariège, auxquels s’ajoutent 50 ha de surface de fauche en propre (en plaine) ainsi que quelques petites parcelles proches de l’exploitation. « Mes parents ont été parmi les premiers à le faire, relève Claudine Lagarde. À coûts comparés, nous sommes gagnants à réaliser nous-mêmes le chantier et ça nous permet d’avoir un fourrage homogène pour la ration hivernale. » Autre difficulté, le Gaec ne possède pas les surfaces d’épandage nécessaires et exporte 80 % de son fumier dans les vignobles de l’Aude voisin. Une opération blanche sur le plan financier, permettant surtout d’être dans les clous de la réglementation environnementale. « On pourrait livrer les céréaliers de la Basse-Ariège, mais depuis vingt ans que j’en entends parler ça n’a pas avancé ».

Côté commercialisation, la majorité des veaux de l’exploitation est vendue à l’engraissement en Italie ou en Espagne autour de 650 € pièce. Les premières vêlées, toutes des croisements de taureau charolais et de gasconnes de trois ans donnent des produits plus rustiques que le gascon pur, moins poussants mais plus lourds. « On s’assure des vêlages sans difficulté et on les valorise mieux, souligne la cheffe d’exploitation. Une femelle croisée se vend au prix d’un mâle pur, et un mâle croisé rapporte 100 à 120 € de plus. » Vendus entre 8 et 9 mois, les croisés Charolais x Gasconnes affichent à la pesée 280 à 290 kg. Ces derniers seraient en outre plus homogènes et moins fins de pattes (donc plus adaptés aux terrains montagneux) que le croisement Blond d’Aquitaine x Gasconne pratiqué dans d’autres élevages.

La deuxième saillie est ensuite réalisée à 75 % par un taureau gascon et le reste par un charolais, selon les qualités maternelles de la mère. Moins lourd que son homologue Charolais x Gascon, le jeune broutard pur race pèse à dix mois 270 kg. « Un broutard gascon se vend un peu moins cher qu’un croisé ou qu’un limousin mais on se rattrape sur l’IVV et les frais vétérinaires, souligne Vincent Galetto. À titre d’exemple, l’IVV du Gaec du Vicdessos est de 379 jours et ils ont eu 98 % de vêlages faciles pour 124 naissances cette année. » Une vache et un veau par mois sont également écoulés en vente directe au tarif de 14 €/kg. Le poids carcasse d’une femelle gasconne varie entre 120 et 160 kg, selon son âge, entre 8 et 12 mois. Très appréciée pour sa qualité, la Gasconne bénéficie d’un Label Rouge et de la marque « Race gasconne, laissez vous fondre ».

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