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Environnement

Au Cap Roux, les pêcheurs s’impliquent dans la protection des poissons


AFP
le 14/06/2018 à 11:43

Impliquer les pêcheurs et en faire des protecteurs de l'environnement : devant le déclin de la ressource halieutique en Méditerranée, un programme européen évalue les bonnes pratiques des petits pêcheurs côtiers pour qu'elles fassent école.

Au pied des roches rouges du massif de l’Estérel, dans l’eau turquoise de la rade d’Agay, Olivier Bardoux promène la Léa Lisa, un catamaran de 8 m dans lequel il pêche, 300 jours par an, rascasses, chapons, dorades, loups et autres espadons. Il stoppe son moteur et montre fièrement une vaste aire marine toute vide, sans aucun bateau. Et pour cause : 15 ans auparavant, il a participé, avec les pêcheurs de Saint-Raphaël, à la création d’une zone sanctuarisée, le cantonnement de pêche du Cap Roux. Dans cette réserve marine de 450 ha, toute pêche est interdite afin de favoriser le repeuplement, un des sujets qui vont animer les Assises de la pêche qui se tiennent jeudi et vendredi à Sète.

Depuis, « la taille des poissons a augmenté », se félicite M. Bardoux. Y compris au-delà, dans l’environnement immédiat de la zone, la seule en France à avoir été créée à l’initiative des pêcheurs eux-mêmes. « Après cinq ans, nous avons constaté un doublement de la ressource », indique Patrice Francour, professeur en écologie marine à l’université de Nice, chargé d’évaluer l’évolution et de coordonner la mission scientifique du programme européen Fish MPA Blue2.

Lancé par la Commission européenne à l’automne 2016 pour un budget de 3,5 millions d’euros, ce dernier a sélectionné 11 sites pilotes du littoral méditerranéen, et autant de réserves marines, dont le Cap Roux et d’autres sites en France, Espagne, Italie, Croatie, Slovénie ou Grèce. Il doit prendre fin à l’automne 2019. « Ce projet a une fonction de laboratoire. Ce qui marche dans les aires marines protégées, ça doit pouvoir être amplifié ensuite», explique Anne Rémy, directrice de la communication du WWF Méditerranée.

Au Cap Roux, le principal chantier qui occupe les pêcheurs est celui de la surveillance de la dite zone protégée, afin d’éviter les pillages par des braconniers, plaisanciers… ou des pêcheurs. Les pêcheurs ont « donné » la zone pour constituer une réserve, l’enjeu est maintenant de la « pérenniser », appuie M. Bardoux, qui peste contre la pêche des plaisanciers. « En Espagne et en Italie, c’est 5 kilos ou un gros poisson par jour depuis 25 ans. Ici, il n’y a pas de règles, c’est la porte ouverte à tous les abus possibles et imaginables. » Pendant deux ans, des pêcheurs ont participé eux-mêmes à la surveillance de la réserve, « pas dans un but répressif, mais dans un but informatif et pédagogique ». Ce temps passé en surveillance, du temps perdu pour la pêche, était rémunéré par une association via des fonds européens.

Outre la question de la pérennité du financement, un autre problème s’est rapidement posé : « Il est compliqué pour les pêcheurs d’être juges et parties », relève Anne Rémy. « Notre métier, c’est la pêche, on n’est pas des gardes, on est des pêcheurs », renchérit Patrick Martins, premier prudhomme de pêche de Saint-Raphaël depuis décembre, qui craint d’éventuelles « représailles » de la part de fraudeurs mis à l’index. Il explique avoir déjà vu ses filets de pêche coupés dans le passé. Si rien n’est encore arrêté, les pêcheurs envisagent l’embauche d’un garde-juré, sorte de ranger des mers dédié à la surveillance de la zone. Reste à régler la question du financement.

Plus largement, le projet doit donner naissance à « une sorte de guide qui puisse profiter à toutes les aires marines protégées de Méditerranée », selon Anne Rémy. Il regrouperait les pratiques ayant donné de bons résultats, « pour voir comment pêcheurs, populations locales, autorités et scientifiques peuvent collaborer pour mettre en place une petite pêche responsable dans les aires marines protégées et au-delà » et mettre en place une forme de cogestion de la protection de la ressource. L’enjeu est de taille : selon la FAO (Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture), la petite pêche, généralement des petits bateaux de moins de 10 m de long, représente en Méditerranée 80 % des armements et emploie plus de 137 000 pêcheurs, lesquels génèrent 150 000 emplois supplémentaires.

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