Votre avis compte !
Une remarque sur le nouveau site ? Des suggestions pour l'améliorer ?
Donnez votre avis !
En Gironde

La main-d’oeuvre saisonnière se fait rare dans les châteaux viticoles


AFP
le 12/07/2018 à 11:53

Couper les rameaux sans fruit, relever les autres, effeuiller : les travaux d'entretien des vignes sont de gros consommateurs d'emplois, spécialisés comme saisonniers, mais les châteaux viticoles manquent cruellement de bras cet été en Gironde, avec parfois la moitié des offres non pourvues.

« Trouver des chauffeurs de tracteurs, des mécaniciens, des chefs d’équipe et des saisonniers, pour les travaux d’avril à fin août, est un souci depuis trois ans. Et cette année, c’est encore pire que d’habitude », déplore Sophie Lauret, de l’entreprise de prestation de services des travaux de la vigne et du vin, Banton Lauret, près de Saint-Émilion (Gironde). Ce manque de main-d’oeuvre chronique touche toute la France, notamment les bassins viticoles du Languedoc-Roussillon et du Grand Est, selon l’Association nationale emploi formation en agriculture (Anefa), qui n’est toutefois pas en mesure de donner des statistiques globales.

En Gironde, premier employeur de France en agriculture, sur les 2 150 postes saisonniers proposés par l’Anefa, seules 1 000 personnes ont répondu présentes. Le manque de valorisation de cette filière, les risques en termes de santé avec l’utilisation des produits phytos, le travail physique, les horaires spécifiques et les salaires ne dépassant pas le Smic (1 170,69 euros nets par mois) sont autant de freins au recrutement. La pénurie de logement, en particulier dans le Médoc, et le manque de moyen de locomotion dans le plus grand département de France métropolitaine, sont aussi en cause. Le contexte économique joue également un grand rôle, « avec la reprise économique de l’Espagne et la concurrence des autres activités locales de services, commerce et bâtiment », estime l’Anefa.

Facteur aggravant : les besoins en main-d’oeuvre diminuent dans les vignes lorsqu’elles sont touchées par des aléas climatiques comme le gel l’année dernière (60 000 ha frappés en Gironde), poussant les saisonniers à se diriger vers d’autres secteurs d’activités, précise l’association.

Pour attirer les travailleurs, des primes, des paniers repas, des autocars sont parfois proposés, surtout pour les fidéliser. Mais cela reste insuffisant : des châteaux éprouvent des difficultés à recruter du personnel qualifié (conducteurs de tracteur par exemple) et les ouvriers, une fois formés, ne restent pas toujours. Chaque jour, l’entreprise Banton Lauret se débat avec un fort taux d’absentéisme. Un matin de juillet, par exemple, 882 personnes étaient inscrites pour travailler mais 720 seulement se sont présentées, selon la société, active dans les grands terroirs du Bordelais (Saint-Émilion, Médoc, Pessac-Léognan, etc.).

Difficulté supplémentaire, ses clients ont parfois besoin d’un important nombre de travailleurs mais pour une très courte durée. « On manque de saisonniers. On a des pics de main-d’oeuvre sur deux ou trois jours et nous cherchons 15 à 20 personnes » pour le relevage des rameaux de vigne et l’effeuillage, s’inquiète Yann Todeschini, co-propriétaire des châteaux Mangot en appellation Saint-Émilion grand cru et La Brande en Castillon côte de Bordeaux. « Il faut que tout soit fait avant la fin de la semaine. Il y une forte pression sur les maladies avec la météo », souligne-t-il, expliquant qu’en agriculture biologique, les besoins en main-d’oeuvre sont 25 à 30 % plus important qu’en agriculture conventionnelle.

La demande pour les travaux des vignes se concentre principalement au printemps et en été, avec la moitié des offres d’emplois saisonnières, car les vendanges sont aujourd’hui majoritairement mécanisées, précise Pôle emploi. L’organisme public a toutefois réussi à pourvoir les 10 000 offres qu’elle proposait dans le domaine viticole. Selon son enquête annuelle auprès des employeurs, 32 000 demandes d’emploi ont été recensées pour cette année. « Aujourd’hui le rapport de force s’est inversé, constate Grégory Cluzes, responsable des statistiques à Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine. Le saisonnier peut décider où il veut aller travailler. »

Ces sujets vous plaisent ?

Recevez le meilleur d'Agrisalon par email

Samedi 21 juillet Saint Victor